La connaissance de soi pour devenir robuste : l'antidote à l'instabilité professionnelle
- Chiara Kirschner

- 27 mars
- 10 min de lecture

J'ai accompagné cette année une personne qui avait tout bien fait. Bon diplôme, bonne entreprise, bonne évolution. Et puis un jour — un projet stoppé du jour au lendemain, sans explication. Puis un deuxième. Elle avait tout misé sur une seule trajectoire. Et la trajectoire a basculé.
Ce cas n'est pas isolé. Il illustre un piège dans lequel beaucoup tombent — souvent sans même s'en rendre compte.
Le piège de l'orientation fondée sur les opportunités existantes
Quand on réfléchit à son avenir professionnel, la logique dominante est celle du « but à atteindre ». On cherche d'abord une opportunité : une formation prometteuse, un poste qui recrute, un secteur porteur. Puis on s'appuie sur les résultats et compétences qu'on a déjà et qui permettent de l'atteindre.
Cette logique semble rationnelle. Elle l'était peut-être, dans un monde prévisible.
Mais aujourd'hui ? Un imprévu, un changement de programme, l'instabilité ambiante font que l'opportunité que vous avez saisie n'a plus d'avenir. Le projet s'arrête. Le poste disparaît. Le secteur se contracte.
Vous voilà dans une impasse.
Et si vous continuez à réfléchir de la même manière — à court terme, en vous accrochant aux opportunités du moment — vous allez d'impasse en impasse. Vous vous épuisez. Vous vous démotivez. Vous perdez confiance en vous et en votre capacité à rebondir.
Même si ce n'est pas de votre faute, c'est de votre responsabilité — vis-à-vis de vous-même et de votre propre valeur — de sortir de cette logique qui vous expose à répétition.
L'orientation inversée : partir de soi, pas des opportunités du marché
Il existe une autre approche. Au lieu de partir d'une opportunité extérieure, partir de soi. Non pas de ses caractéristiques utiles au moment t — telle compétence demandée par tel recruteur, tel diplôme exigé pour tel poste — mais en identifiant les grandes lignes de force de sa personnalité, de ses aptitudes professionnelles, de ses compétences transférables.
Ces lignes de force ne changent pas au gré des fluctuations du marché. Elles sont à vous. Elles vous suivent d'un contexte à l'autre, d'une époque à l'autre. Et si vous voulez les faire évoluer, c’est vous qui avez la maîtrise de ce changement.
Au lieu d'aller d'impasse en impasse, vous ouvrez le champ des possibles, et vous le maintenez ouvert. Et vous devenez robuste.
Performance vs robustesse : deux façons d'habiter l'incertitude
La performance, c'est parier sur UNE tendance, trouver LA solution, miser tout dessus. Dans un monde prévisible, ça fonctionnait. Mais les tendances changent trop vite. Les projets s'arrêtent avant d'avoir commencé. Les stratégies deviennent obsolètes avant d'avoir porté leurs fruits.
La robustesse, c'est autre chose. C'est anticiper plusieurs scénarios — du meilleur au pire. Préparer des options pour chacun. Accepter une part de « gaspillage » apparent — prendre du temps pour mieux se connaître, explorer des chemins qui ne serviront peut-être jamais — pour avoir toujours une réponse disponible et adaptée face à l'inattendu.
Une trajectoire robuste, ce n'est pas une trajectoire parfaite. C'est une trajectoire qui tient quand le réel ne ressemble pas à ce qu'on avait prévu.
Et ça, ça se construit. Pas dans l'urgence. Dans la durée. Par un travail patient de connaissance de soi.
« Connais-toi toi-même » : un programme, pas un slogan
Cette injonction, gravée sur le fronton du temple d'Apollon à Delphes il y a plus de 2 500 ans, résonne avec une acuité particulière aujourd'hui. Socrate, en la reprenant, lui a donné une portée nouvelle : se connaître soi-même n'était pas pour lui une invitation à l'introspection narcissique, mais un programme de vie — une condition nécessaire pour agir avec justesse le monde.
Pourtant, dans le domaine de l'orientation ou de la reconversion professionnelle, on vous propose souvent des raccourcis séduisants : un test en ligne qui vous « délivre » votre profil en quelques clics, un conseiller qui vous colle une étiquette après un entretien express, une fiche métier censée correspondre à « votre personnalité ».
Ces approches ont un point commun : elles vous parlent de vous sans vous. Elles produisent un discours sur vous — une description externe, une catégorie, un label — mais ne vous permettent pas de parler de vous, depuis l'intérieur.
Or la connaissance de soi ne se reçoit pas. Elle se construit. Et cette construction passe par un chemin que personne ne peut parcourir à votre place.
C'est un travail qui demande du temps — et ce temps n'est pas perdu, au contraire.
Einstein disait que s'il avait une heure pour résoudre un problème, il passerait cinquante-cinq minutes à analyser la question et cinq minutes à chercher la solution. En créativité — qui est, au fond, un ensemble de techniques de résolution de problèmes — c'est exactement la même chose : on passe énormément de temps sur la clarification du problème. Si l'on passe trop vite à la recherche de solution, on « tue » la créativité.
Dans l'orientation ou la reconversion professionnelle, c'est pareil. Le temps passé à se connaître n'est pas du temps perdu — c'est du temps investi pour construire sa robustesse.
La maïeutique : l'art de faire émerger plutôt que d'imposer
Socrate pratiquait ce qu'il appelait la « maïeutique » — littéralement, l'art d'accoucher les esprits. Plutôt que d'asséner des vérités à ses interlocuteurs, il les amenait, par un jeu de questions de plus en plus précises, à découvrir par eux-mêmes ce qu'ils portaient déjà en eux sans le savoir.
C'est une approche radicalement différente du « diagnostic express ». On passe du « discours sur » au « parler de ». On ne vous dit pas qui vous êtes après avoir analysé quelques réponses. On crée les conditions pour que vous découvriez vous-même, de l'intérieur, ce qui fait votre singularité.
Pourquoi cette distinction est-elle si importante ? Parce que ce qu'on vous dit d'un coup, vous pouvez l'oublier dès le lendemain. Ou pire : le rejeter parce que ça ne résonne pas avec votre vécu. En revanche, ce que vous découvrez par vous-même, vous vous l'appropriez. Ça reste. Ça mène à l'action.
La maïeutique produit une connaissance incarnée. Et une connaissance incarnée, c'est exactement ce dont on a besoin pour construire sa robustesse.
Les 4 outils de la connaissance de soi au service de la robustesse
Comment faciliter cette émergence ? Par une combinaison d'outils complémentaires, chacun éclairant une facette différente de l'identité professionnelle — et donc un territoire différent de la robustesse.
Outil de connaissance de soi n°1 - S’écouter: traquer les patterns et les contradictions
Tout commence par l'écoute. Pas une écoute passive, mais une attention fine aux thèmes qui reviennent, aux patterns qui se répètent à travers des sphères ou des époques éloignées de la vie.
Quand quelqu'un dit « j'ai toujours aimé organiser les choses » puis, quelques séances plus tard, évoque son rôle d'organisateur·rice dans sa famille d'origine, puis encore son implication dans l'association de son quartier — ces échos ne sont pas des coïncidences. Ce sont des indices de quelque chose de central. De quelque chose de robuste.
Mais l'écoute est aussi attentive aux contradictions. Par exemple : une personne dit qu'elle fait tout pour ne jamais froisser les autres, qu'elle est connue pour sa diplomatie. Puis, au fil de la conversation, elle raconte qu'étant plus jeune, ou en privé avec ses proches, elle pouvait être très critique, voire cassante.
Cette contradiction apparente dit quelque chose d'important : il y a eu une adaptation. Peut-être bienvenue, peut-être nécessaire dans certains contextes professionnels. Mais ce n'est pas sa nature de départ.
Tout un travail s'ouvre alors : identifier les adaptations bienvenues (celles qui vous ont permis de grandir), repérer les suradaptations à calmer (celles qui vous épuisent ou vous éloignent de vous-même), comprendre comment vous avez évolué en grandissant — ce que Jung appelait l'individuation. Un travail qui est aussi un voyage à la découverte de votre nature profonde, et de l’essence que vous souhaitez garder vivante - ou pas.
Connaître ses patterns et ses adaptations, c'est déjà créer des scénarios fondés sur ce qui est vivant et réellement actionnable en vous.
Outil de connaissance de soi n°2 - L'inventaire MBTI : cartographier son mode de fonctionnement
L'inventaire MBTI (Myers-Briggs Type Indicator) est un outil puissant pour mieux comprendre sa personnalité. Attention : on parle bien d'inventaire, pas de « test ». Car le MBTI ne vous enferme pas dans une case — il propose une grille de lecture pour comprendre vos préférences naturelles selon quatre dimensions :
Où puisez-vous votre énergie ? Dans le monde extérieur (interactions, action, échanges) ou le monde intérieur (ressentis, réflexion, introspection) ?
Comment percevez-vous la réalité ? Par les faits, les données concrètes, les sensations — ou par les idées, les grandes lignes, les potentiels ?
Comment faites-vous des choix ? De manière logique et analytique, ou sur la base de vos valeurs et de vos sentiments ?
Quel est votre rapport à l'action ? Fluide et organisé, ou foisonnant et improvisé ?
Ces quatre dimensions, combinées, dessinent un profil qui n'est pas une étiquette mais une carte — une carte qui aide à comprendre pourquoi certains environnements vous épuisent et d'autres vous ressourcent, pourquoi vous excellez dans certaines tâches et peinez dans d'autres.
Mais ce qui rend le MBTI particulièrement intéressant pour la robustesse, c'est qu'il ne s'arrête pas à une photographie statique. On va d'abord à la recherche de la personnalité de départ — celle avec laquelle vous êtes né·e, avant les adaptations liées à l'éducation, au milieu professionnel, aux événements de vie. Puis on étudie ce qu'on appelle la dynamique du type : une sorte de code interne d'évolution, propre à chaque profil. Ce code montre comment les différentes fonctions de votre personnalité vont se développer naturellement au fil du temps — ce que Jung appelait l'individuation.
Connaître sa dynamique de type, c'est déjà anticiper plusieurs scénarios, et leur évolution.
Outil de connaissance de soi n°3 - Le profil RIASEC : cartographier ses intérêts professionnels
Le profil RIASEC (du nom de ses six dimensions : Réaliste, Investigateur, Artistique, Social, Entreprenant, Conventionnel) explore un autre territoire : celui des intérêts professionnels.
Chacune des six dimensions correspond à un « style » professionnel :
Réaliste : attaché·e au résultat concret de son travail, souvent manuel ou technique
Investigateur : analytique, explorateur·rice, en quête de compréhension
Artistique : créatif·ve, que ce soit de ses mains ou de son imagination
Social : tourné·e vers l'aide aux autres, le contact humain
Entreprenant : leader, celui ou celle qui entraîne les autres (pas l'influenceur·se Instagram !)
Conventionnel : organisé·e, méthodique, structuré·e
Ce qui fait votre singularité, ce n'est pas d'appartenir à une seule de ces catégories. C'est votre combinaison unique de trois profils dominants, leur ordre d'importance, et la significativité de chacun.
L'autre force du RIASEC, c'est qu'il ne reste pas abstrait. À partir de votre profil unique, le test, proposé par AFC, donne des résultats concrets sur les environnements de travail, les secteurs d'activité et les métiers les plus compatibles avec qui vous êtes.
Connaître son profil RIASEC, c'est déjà avoir une carte des territoires où vous pourriez vous déployer — y compris ceux auxquels vous n'auriez jamais pensé. C'est ça, la robustesse : avoir des options.
Outil de connaissance de soi n°4 - Les techniques créatives : accéder à ce que l'analytique ne voit pas
Les outils dont je viens de parler font appel à l'intelligence analytique. Mais certaines parts de nous échappent à cette intelligence-là. Les aspirations profondes, les élans, les blocages — tout cela se loge souvent dans des zones que les questionnaires ne peuvent pas atteindre.
C'est là qu'interviennent les techniques créatives — qu'elles soient verbales comme l'écriture libre, ou visuelles comme le collage et le dessin. Ces approches mobilisent d'autres formes d'intelligence — émotionnelle, sensorielle, corporelle — pour accéder à ces parts de l'identité qui ne se laissent pas facilement nommer.
Souvenez-vous : la créativité ne cherche pas la solution tout de suite. Elle permet d'explorer, de clarifier, de laisser émerger des pistes auxquelles l'analytique seul n'aurait pas accès — et donc d'enrichir la palette de scénarios possibles.
En combinant rigueur analytique et créativité, on obtient une connaissance de soi qui n'est pas seulement intellectuelle, mais incarnée. Une connaissance qui accompagne ensuite dans les choix, parce qu'elle vient de l'intérieur, parce qu'elle a été découverte par soi-même, fondée sur ses multiples ressources cognitives.
La robustesse : un investissement, pas un luxe
Prendre du temps pour se connaître peut sembler contre-intuitif quand on est pressé·e de trouver une solution. C'est pourtant l'inverse d'une perte de temps.
La robustesse, c'est accepter une part de « gaspillage » apparent — explorer des chemins qui ne serviront peut-être jamais — pour avoir toujours des options disponibles face à l'inattendu. C'est préparer plusieurs scénarios plutôt que de tout miser sur un seul. C'est connaître ses lignes de force assez profondément pour pouvoir les mobiliser dans des contextes qu'on n'avait pas prévus.
Une trajectoire robuste, ce n'est pas une trajectoire parfaite. C'est une trajectoire qui tient quand le réel ne ressemble pas à ce qu'on avait prévu.
« Connais-toi toi-même » : après 2 500 ans, l'injonction de Delphes n'a rien perdu de sa pertinence. Elle s'est simplement enrichie d'outils nouveaux pour nous aider à y répondre — et à construire notre robustesse.
Chez Art de l'Itinérance : la valeur ajoutée d'un accompagnement créatif
Ces outils existent ailleurs. Mais ce qui fait la différence, c'est la manière de les utiliser — et de les faire dialoguer ensemble.
Pour l'écoute active, je ne me contente pas de repérer les patterns évidents. Je traque les contradictions, les adaptations, les suradaptations. Je pose des questions de plus en plus précises pour faire émerger ce que vous savez déjà sans le savoir — la maïeutique de Socrate, appliquée à la reconversion ou orientation professionnelle.
Pour l'inventaire MBTI, je ne vous « délivre » pas un résultat. Je vous accompagne dans une séance interactive de restitution où vous validez, nuancez, corrigez. Nous explorons ensemble la dynamique de votre type — ce code interne d'évolution qui vous ouvre des scénarios pour la suite.
Pour le test RIASEC, je ne m'arrête pas à la liste de métiers suggérés. Je travaille avec vous sur la significativité de chaque dimension, sur l'ordre de vos trois profils dominants, sur ce que votre combinaison unique dit de vous — et des environnements où vous pourriez vous déployer.
Pour les techniques créatives, je mobilise l'écriture libre dans le cadre de questions savamment choisies, et le dessin intuitif — notamment pour transformer vos peurs en leviers de développement professionnel. J'utilise aussi la cartographie sensible et la marche d'inspiration : des techniques que j'ai créées moi-même à partir de l'étude du voyage en itinérance et de son impact sur les changements de vie. Des approches qui accèdent à ce que l'analytique ne voit pas, et qui incarnent la connaissance de soi dans le corps et les sens.
Et je croise tout ça grâce à un assistant IA que j'ai développé et qui est nourri de ma philosophie de l'orientation et de la reconversion professionnelle : il intègre votre portefeuille de compétences, votre type MBTI validé, votre profil RIASEC unique. Ce croisement produit un portrait d'une précision remarquable — une synthèse qui fait dialoguer ce que vous savez faire, comment vous fonctionnez, et ce qui vous intéresse vraiment. Mais ce document reste toujours ouvert à vos ajustements, vos nuances, vos corrections.
Le bilan de compétences propose un cadre structuré pour cette exploration — en présentiel à Annecy ou entièrement à distance.
Pour les lycéen·ne·s de Terminale, le bilan d'orientation scolaire utilise les mêmes outils pour créer son orientation — et construire sa robustesse dès le départ.
Un entretien découverte gratuit permet d'échanger sur votre situation et de voir si cette approche vous correspond.




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