La carte de vie : un outil de cartographie sensible pour changer de cap
- Chiara Kirschner

- il y a 2 jours
- 6 min de lecture
Se mettre en mouvement avant de réfléchir
Tu as 30 ans, tu occupes depuis quelques années un poste cohérent avec ton parcours d'études, mais tu aspires à être reconnu.e davantage parce que là, tu es cantonné.e à des tâches qui ont peu de sens. Tu t'appliques à en faire toujours plus et tu dois faire beaucoup d'efforts pour y parvenir.
Tu as 40 ans, depuis 10 ans tu mènes trois vies de front : le travail, les enfants, et un peu toi quand tu as le temps, tu aspires à un meilleur équilibre pro et perso parce que tu as l'impression que tu ne vis pas en fait. Alors tu joues au tétris avec ton planning, mais ta charge mentale augmente au lieu de diminuer.
Tu as 50 ans, les enfants sont partis de la maison, tu aspires à te retrouver pour réaliser enfin qui tu es. Tu as trouvé des activités dans ton temps libre, mais le travail occupe encore une grande partie de ton temps et tu te dis qu'il faut qu'il devienne plus « toi », lui aussi.
Que tu te sentes comprimé.e dans ton job, pris.e en étau de ta charge quotidienne, ou empêché.e d'exprimer qui tu es vraiment, le premier réflexe pour changer la situation est toujours d'y réfléchir, de faire fonctionner le mental pour parvenir à trouver l'idée pour ton prochain mouvement. Le choix peut s'avérer bon dans un premier temps : accepter une promotion dans l'espoir de se sentir davantage reconnu.e, se réveiller plus tôt pour avoir du temps pour soi, partir en retraite yoga randonnée tout.e seul.e. Et puis le travail s'avère encore plus prenant et épuisant, tu ressens de la fatigue physique, rien ne change vraiment. Tu te sens impuissant.e, et parfois même coupable d'avoir essayé : mais pour qui je me prends ?
Et si la bonne voie ce n'était pas dans l'adaptation, ou dans l'évolution de l'existant, mais dans l'expérimentation d'une nouvelle manière d'approcher les problèmes ? De laisser la zone de confort de la réflexion mentale qui ne part que de l'existant pour aller explorer des terres inconnues, des terrae incognitae ? Se mettre en mouvement pour de vrai, avant de réfléchir ?
Bref, si la bonne voie était de partir à l'aventure ?
La carte : premier outil de toute aventure intérieure
Je te donne un outil très simple pour y parvenir. Pour faire advenir le changement, le vrai, dans le monde réel, dans nos vies, rien de mieux qu'une carte, l'outil premier de toute aventure. Le mot aventure vient du verbe advenir. L'aventure est une affaire de corps en mouvement. La carte préfigure l'aventure, c'est l'échauffement du corps qui va agir pour explorer, et revenir véritablement changé. Elle est le lien entre le corps et l'esprit, qui permet à l'idée de devenir action, de faire advenir.
Je t'invite à créer la carte de ta vie en utilisant la cartographie sensible: dessin abstrait, matières, quelques mots clés ou courtes phrases ... C'est la carte de ta vie passée, présente et future. Il y a tous les hauts lieux de ta vie : ton lieu de naissance, tous les lieux où tu as habité, et les lieux futurs où tu te sentiras enfin à ta place, reconnecté.e à toi-même et réalisé.e. Elle pourrait ressembler à ça :

La carte de vie donne forme en même temps au connu et à l'inconnu. On peut y explorer la part d'inconnu, le message secret, la ressource jusqu'ici ignorée dans nos terres connues. Et à l'inverse, trouver dans l'inconnu des messages connus, des liens avec des ressources qui sont déjà là, avec des expériences du passé, dont on ressent le besoin de les réitérer. Peut-être sous une forme nouvelle, mais avec le même fond. Ou l'inverse !
Ma propre cartographie sensible : ce que j'ai découvert
J'ai ressenti beaucoup d'émotions lorsque j'ai dessiné Dresde (la ville d'origine de ma grand-mère paternelle), le Mexique (lieu de mon premier voyage) et les Bauges (lieu où j'habite aujourd'hui). Et lorsque j'ai dessiné ma terra incognita, lovée, bien protégée au cœur des Bauges. On retrouve des éléments communs à ces lieux : il y a de la douceur, de la clairvoyance, de la transformation de blessure en beauté et en création. À condition d'ériger des frontières pour me protéger. Lorsque j'ai visité Dresde, j'ai été très touchée par les bâtiments reconstruits avec un mélange de pierres noires, qui sont les pierres d'origine restées après les bombardements durant la seconde guerre mondiale, et de pierres nouvelles, très claires.

À Venise (mon lieu de naissance), il y a une brèche qui s'ouvre et un contenu qui se déverse, à Trento (mon lieu des études supérieures) apparaît la blessure, contenue mais bien vivante. Une fois passée la frontière avec la France je trouve divers moyens de la suturer : l'intellectualisation extrême dans la recherche à Paris, mais l'amour me rattrape, me submerge et me fait presque perdre la raison, rouvre la blessure. À Annecy la nature me contient mieux on dirait, même si la blessure saigne encore un peu. Enfin un lieu où me sentir chez moi, calfeutrée sur mon plateau, je vais mieux et j'imagine ma prochaine terra incognita. Pour être bien, pour être moi, pour repartir à l'aventure, j'ai besoin d'ériger des frontières, de me protéger. Si je n'avais pas fait cet exercice, j'aurais pu penser qu'il était temps de repartir, ou de m'exposer davantage, qui sait.
Ce que la carte de vie révèle que la réflexion ne voit pas
Dans une carte de vie apparaissent clairement les lieux sûrs et les lieux de péril, alors que cette distinction demeure floue dans nos réflexions mentales. Pourtant dans la vie il y a cette dualité constante, et parfois le mal se niche là où on ne s'attendait que du bien, alors on doit ériger des frontières pour se protéger. Pour pailletées qu'elles soient, elles restent toujours des frontières.
Nommer les lieux, poser des jalons
Donner des noms aux lieux, plus ou moins proches des toponymes réels, revient à poser autant de panneaux d'orientation qui ancrent les enseignements de chaque lieu-étape de vie. Entre les deux aussi, car les espaces de transition, de voyage, sont des espaces de fermentation aussi ! Surtout, même. Des espaces d'aventure, les espaces de qui va advenir.
Les terrae incognitae : boussoles pour votre transition professionnelle
Les terrae incognitae sont des mandalas, des boussoles pour notre évolution, intérieure et extérieure. Un concentré de carte qui est prêt à se déployer en une nouvelle carte plus étendue, qui raconte notre prochain chapitre, notre nouvelle narrative. Un espace de fermentation, d'ébullition, d'évaporation, de sublimation.

Si on devait cartographier ce que l'on n'a jamais exploré, il aurait quelle forme ? Qu'y a-t-il au-delà des contours de notre monde ? À quoi ressemblent nos vides ? Nos monstres ? Que nous disent-ils de l'avenir qui nous attend et que nous sommes en réalité déjà en train de fabriquer ?
Si seulement on avait dessiné nos terrae incognitae à 10, 20, 30 ans et qu'on pouvait les comparer ensuite aux terres que nous avons effectivement explorées et connues !
Et puis qu'a-t-on envie de laisser inconnu ? Donnons-nous le loisir de laisser des espaces blancs, des espaces de démission : ici, il n'y aura pas de missions d'exploration.
L'artiste contemporain Julien Discrit montre précisément cela dans son œuvre Terrae Incognitae — visible en ce moment à l'exposition "Cartes imaginaires. Inventer des mondes" à la BnF : des cartes IGN de Guyane française dont les zones blanches ont été découpées, là où des nuages obstruaient la prise de vue aérienne.
Pourquoi la carte fait autorité : légitimer l'existant et l'advenant
La carte fait autorité, légitime l'existant et l'advenant. S'il y a une carte, c'est que c'est vrai. La carte de vie permet d'utiliser les médiums avec lesquels nous sommes le plus à l'aise : graphisme, dessin, matières, décorations, écriture.
Une carte peut même se sculpter ! Un mappemonde de vie.
Pour des novices, regarder les cartes d'une personne dont ils souhaitent s'inspirer peut être le déclencheur de la création de leur propre carte.
Pour aller plus loin
Si cette invitation à cartographier votre trajectoire vous a touché.e, voici comment aller plus loin :
La cartographie sensible est l'un des outils que j'utilise dans le cadre du bilan de compétences — en présentiel à Annecy ou à distance. Elle fait également partie du parcours d'ateliers créatifs Marcher pour Décider.
Vous pouvez aussi retrouver les fondements de cette méthode, avec des exercices pratiques similaires à celui de la carte de vie, dans mon livre Marcher pour Décider, paru aux éditions Vuibert en mai 2025.
Chiara Kirschner est consultante en transition professionnelle à Annecy, créatrice de la méthode Marcher pour Décider. Elle accompagne les personnes en quête de sens au travail à travers des techniques créatives — cartographie sensible, marche d'inspiration, écriture libre — au sein d'Art de l'Itinérance, organisme de formation certifié Qualiopi pour les acitons de formaiton et les bilans de compétences.
Vous souhaitez explorer votre propre carte de vie dans un cadre d'accompagnement ? Prenez rendez-vous pour un entretien découverte en cliquant ici.




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