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Réussite professionnelle et sens : et si le problème venait du critère de choix ?

7 sept.
4 min de lecture
Femme marchant seule en pleine nature, symbole de réussite professionnelle alignée avec ses valeurs profondes

Vous avez le poste, le salaire, la reconnaissance de vos pairs. Sur le papier, tout indique une réussite professionnelle enviable. Et pourtant, une gêne diffuse persiste, difficile à nommer, presque déplacée au regard de ce que vous avez construit. Cette tension entre l'image sociale de la réussite et le ressenti intime touche particulièrement les personnes qui ont construit leur carrière sur l'ambition plutôt que sur l'envie profonde.


Quand l'ambition devient le seul critère de choix


Choisir un métier, ou le métier suivant, parce qu'il est valorisant, parce qu'il rapporte, parce qu'il coche les cases attendues par son entourage ou son secteur : c'est un chemin qui fonctionne, un temps. La psychologue Teresa Amabile a montré dès 1983 que lorsque la motivation extrinsèque de contrôle (le salaire, le prestige, la reconnaissance) prend le pas sur la motivation intrinsèque, la créativité et l'élan professionnel finissent par s'assécher. On peut connaître un certain succès au début.


Puis, à un moment donné, quelque chose se grippe.


Je l'ai vécu moi même, il y a une quinzaine d'années.


À 37 ans, j'étais responsable des études marketing dans un grand groupe de cosmétiques, à Paris. J'avais créé deux postes, siégé dans un comité de direction, géré un budget conséquent. J'aimais mon métier : l'univers créatif, le lien entre les équipes projet et leurs clients, la veille sur les tendances, l'interprétation des résultats d'enquêtes. Je n'avais pas de plan de carrière défini. Je me laissais guider par les conseils de ma hiérarchie et des ressources humaines, en me disant que la suite s'écrirait naturellement.


Un jour de l'été 2009, j'apprends par un sms de ma mère qu'un essayiste cite un article que j'avais publié dix ans plus tôt, à la sortie de mon master en anthropologie culturelle. J'ai raconté ailleurs comment cette nouvelle a bouleversé ma trajectoire. Ce jour là, une ambition nouvelle s'impose à moi : reprendre mes études, devenir chercheuse.


Ce que je ne voyais pas encore, c'est que cette ambition portait aussi le poids d'une histoire familiale. Je viens d'une famille d'enseignant.e.s et d'ingénieur.e.s, plutôt côté fonction publique. Travailler dans le commerce me donnait, sans que je me l'avoue vraiment, un sentiment de décalage avec ce milieu d'origine. Devenir chercheuse ressemblait à une occasion de m'y réconcilier.


J'ai aimé mon quotidien de doctorante, puis de chercheuse associée. Il ressemblait d'ailleurs beaucoup à mon quotidien précédent : un univers créatif, un pont entre théorie et pratique, une position d'observation privilégiée de l'évolution de la société. Mais quelque chose manquait, ou plutôt : je sentais que je n'étais plus tout à fait vivante.


J'ai malgré tout poursuivi, participé à des projets de recherche, tenté le concours du CNRS. Cette voie ne s'est pas ouverte. La déception a été réelle, et elle est venue se mêler à une anxiété plus ancienne, déjà présente depuis plusieurs années. Comme souvent, cette période difficile tenait à plusieurs causes à la fois : le vécu professionnel n'en explique jamais la totalité, mais il y prend sa part.


Ma thèse portait sur la pratique de l'itinérance comme modalité de voyage. Elle a permis de modéliser une approche créative de la gestion de projet fondée sur la créativité du corps en mouvement, applicable bien au delà du voyage : à tout projet de vie. Quand je me suis retrouvée au creux de la vague, je me suis appliqué cette méthode à moi même. J'ai alors compris que je n'étais ni observatrice, ni analyste, mais créatrice, et que mon besoin profond concernait la transmission.

Art de l'Itinérance est née dix ans après le sms de ma mère. Il m'a fallu dix ans pour descendre dans le creux, y trouver ce qu'il avait à m'apprendre, et m'en servir pour en sortir. Sept ans plus tard, Art de l'Itinérance a trouvé sa place.


Le vrai critère de la réussite professionnelle : l'alignement plutôt que l'ambition


Le trésor trouvé dans cette traversée n'est pas seulement une méthode. C'est une leçon que j'essaie de transmettre aujourd'hui dans mes accompagnements : quand vous choisissez un métier par ambition, parce qu'il est valorisant ou qu'il rapporte, méfiez vous. Les chances qu'il vous corresponde vraiment sont minces, et il finira par vous épuiser. Vous serez obligé.e d'en faire des tonnes pour vous affirmer. Le succès, s'il vient, sera fragile.


Et même lorsqu'un métier vous correspond réellement, si vous n'êtes pas connecté.e aux bonnes raisons de l'aimer, si vous minimisez le plaisir qu'il vous procure, si vous ne lui laissez pas d'espace pour s'exprimer : les mêmes conséquences peuvent survenir. C'est ce que montre la théorie de l'autodétermination développée par Ryan et Deci (2000) : lorsque les besoins fondamentaux d'autonomie, de compétence et de lien sont durablement frustrés, la motivation s'éteint, quel que soit par ailleurs le bon accord entre la personne et son poste.


Ce que ces années de reconstruction m'ont appris, c'est que la réussite professionnelle durable arrive quand le travail permet de se connecter à qui l'on est vraiment, à ses motivations profondes, à son identité authentique, et laisse la place aux rythmes de vie de chacun.e.


Ne pas commencer par la fin


Le neuropsychiatre Boris Cyrulnik observe, dans Sauve toi, la vie t'appelle (Odile Jacob, 2012), que chez certaines personnes très marquées par un parcours difficile, la réussite sociale n'est pas toujours signe d'équilibre : elle peut être, selon ses mots, le bénéfice secondaire d'un mal être plus profond, quand le travail devient un moyen de fuir plutôt que d'exprimer. Son propos concerne des trajectoires de résilience particulières, mais l'idée mérite d'être entendue plus largement : une carrière qui impressionne de l'extérieur ne dit rien, en soi, de ce qui se joue à l'intérieur.


Ne commencez pas par la fin. Ne vous donnez pas corps et âme à un métier avant d'avoir vérifié qu'il vous ressemble. C'est la meilleure manière de préserver, dans la durée, votre santé mentale d'abord, votre stabilité professionnelle ensuite.


Pour aller plus loin

Ce que je raconte ici est aussi au cœur de ce que je propose en accompagnement : réinterroger le critère qui a guidé vos choix professionnels, pour identifier ce qui vous correspond vraiment. C'est tout l'objet du Bilan de compétences et de la Formation à la transition professionnelle que je propose au sein d'Art de l'Itinérance, organisme de formation certifié Qualiopi. Pour les changements qui touchent d'autres sphères de la vie, les Ateliers créatifs Marcher pour Décider suivent la même méthode. Vous pouvez retrouver l'ensemble de ces approches sur artitinerance.com ou dans mon livre Marcher pour Décider.

Si vous souhaitez en discuter, vous pouvez réserver un temps d'échange avec moi en cliquant ici.

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