Les chemins multiples de la transition professionnelle



TRANSITION


Un mot que l'on entend un peu partout, en ce moment


On l'associe à l'écologie (transition énergétique), à l'innovation sociale (transition sociale), au genre ...


Et puis il y a la transition professionnelle. On peut l'entendre comme une "vraie" transition, pas juste un changement, mais une manière de se retrouver, par le travail, plus proche de soi, plus aligné.e avec ses besoins, plus équilibré.e dans son mode de vie.


Peut-être que si chacun.e de nous faisait sa transition professionnelle, la société se porterait bien mieux. Une société où chacun.e serait aligné.e avec soi-même invite à respecter les autres, et l'environnement dans lequel on vit, pour préserver et nourrir ce nouvel équilibre.


Dit comme ça, ça peut sembler facile.


Dans la réalité, la transition professionnelle n’est pas si fluide que ça. Même quand on le désire ardemment. Parce que, comme on le sait bien, entre le désir et la volonté et la capacité... il n’y a pas forcément une autoroute. Il peut y avoir une impasse, des boucles, un chemin très tortueux, des sorties de route, un chemin linéaire mais très très long ... et enfin, oui, il peut y avoir une transition fluide. Mais ce dernier n’est sans doute pas le modèle le plus diffus ! Et parfois, ce n’est pas la vraie bonne solution. Ou le bon moment.


Dans ma pratique d’accompagnatrice de la transition professionnelle, j’ai pu donc constater une diversité des modèles de chemin. Voyons déjà deux premiers modèles. Et essayons de comprendre quelle serait la meilleure manière de les accompagner.


L’impasse



On le sait bien, plus de la moitié des Français songent à se reconvertir. Le plus souvent, c’est pour retrouver du sens à leur vie, un métier qui les épanouit ou qui les rend utiles, et dans beaucoup de cas, un déménagement dans un lieu de vie plus proche de la nature.


C’est le cas surtout de cadres de 40-50 ans, qui travaillent beaucoup, dans des métiers que jusqu’à il y a quelques années étaient considérés comme prestigieux, aspirationnels, et que les crises récentes (sanitaire, géopolitique, début de crise économique...) les montrent sous un autre angle. Peu utiles, poussant à la surconsommation, survalorisant la vie pro sur la vie perso : les métiers dans le commerce mondialisé au sens large, par exemple. Mais aussi des métiers qui autrefois étaient choisis par vocation (médecin, professeur...) et qui aujourd’hui sont malmenés, faute de moyens publics.


Sauf que. Quand on commence à travailler sur le projet de reconversion, un frein émerge très rapidement. Vais-je retrouver le même niveau de salaire ? Ou alors le même niveau de sécurité financière ? Et du coup, comment je vais faire pour maintenir le niveau de vie que j’ai eu jusqu’à présent ?


Le projet de transition professionnelle des professions à haut niveau de salaire ou de sécurité financière est avant tout un projet de transition du mode de vie. Révision des habitudes de vacances, des projets d’instruction pour les enfants, du lieu de vie ... à l’aune de la sobriété. Impossible. Impasse.


Devant une telle impossibilité, des stratégies d’adaptation se mettent en place. Travailler un maximum maintenant, pour arrêter de travailler plus tôt (alerte burn out !). Faire semblant d’aimer son travail (fake it until you make it !) alors que le clivage en psychologie est plutôt déconseillé ... Vivre uniquement pour les moments de loisirs (souvent réduits à un pourcentage infime du temps). Se mettre à temps partiel pour démarrer l’autre activité et voir si ça décolle (spoiler : elle ne décollera pas, tant qu’on n’y est pas à 100% - voire à 1000%).


En tant qu’accompagnante, je suis convaincue que la meilleure stratégie à adopter dans ces cas c’est d’aborder avant tout le mode de vie souhaité, avant même d’aborder la situation professionnelle souhaitée. Parfois de faire rendre compte la personne de la priorité actuelle sur un mode de vie plutôt que sur une situation professionnelle, lui épargne bien de souffrances à se confronter à son conflit intérieur. Et peut la remobiliser sur son travail actuel en prêtant davantage attention à comment celui-ci permet d’avoir le mode de vie souhaité...


Les boucles



Nous recevons souvent des personnes en souffrance au travail, pour des raisons extérieures au métier qu’elles exercent. En fait, ces personnes aiment leur travail, mais ce sont les conditions de travail qui les rendent insatisfaites, voire qui les amènent à envisager un départ, et pourquoi pas une reconversion. Un manque de reconnaissance, trop de pression, des changements dans l’entreprise... et bien d’autres raisons qui finissent par suffoquer l’intérêt que la personne porte à son métier.


Plusieurs idées à ce sujet me sont venues, grâce à ma pratique. Je vous en citerai deux. Avant toute chose, évidemment il y a parmi ces cas un bon nombre de problématiques sérieuses pour lesquelles nous, les professionnels de la transition professionnelle, sommes en vigilance et que nous nous efforçons de détecter. Dans ces cas nous avons surtout un rôle de soutien et d’accompagnement à une mise à terme de ces situations. Dans d’autres cas, il peut y avoir un sentiment d’être submergé.e par plusieurs éléments extérieurs, mais cela ne veut pas dire qu’ils ont tous le même degré d’importance et d’impact. Il peut s’agir aussi de projections, et dans certains cas la vraie problématique réside dans la situation personnelle, très stressante ou anxiogène par exemple.


Dans ces cas, je choisis tout d’abord de faire objectiver et hiérarchiser les sources d’insatisfaction ou souffrance. Souvent on arrive à identifier LA source, et par là des parades en termes d’attitude, comportement, choix, actions ... La personne les envisage et conçoit un plan d’action qui lui semble à sa portée. Comme par magie, l’intérêt pour le métier ressurgit et la personne se remobilise sur le poste actuel, ou décide de prospecter des entreprises autres sur le même poste.


Une autre stratégie consiste ici aussi à repartir de la situation personnelle. Un déséquilibre dans la gestion de la sphère personnelle et professionnelle, des problématiques familiales, une charge mentale trop importante, l’impossibilité de prendre du temps pour soi ... sont autant de sources cachées de souffrance projetées sur la situation professionnelle. Là aussi, une réflexion sur les parades à adopter, cette fois ci dans sa vie personnelle, et un plan d’action clair, peut aider à faire ressurgir l’intérêt pour le métier et à remobiliser sur le poste actuel.


Il y a bien sûr des cas où ce travail ne parvient pas à éliminer la souffrance, et après des tentatives – des boucles – de remobilisation, la personne devient prête pour envisager sereinement une reconversion. C’est tellement plus facile et grisant quand on a conscientisé, analysé et transformé en action les émotions négatives !


J’aborderai d’autres modèles de chemin dans les articles suivants. Restez connecté.e.s et laissez-moi un commentaire pour me dire ce que vous en avez pensé !

10 vues0 commentaire