L'Art de l'Itinérance en 5'

Mis à jour : 2 nov. 2020


L’itinérance est une de ces notions qui comportent un sens littéral et un sens figuré. Le sens littéral renvoie à une pratique spatiale mobile, comportant le déplacement sur un itinéraire. Lorsque l’objectif de cette pratique est ludique ou touristique, comme quand on marche sur le chemin de Stevenson dans les Cévennes (avec ou sans âne) ou que l’on parcourt la Vélodyssée, ou encore lorsqu’on part à pied ou à vélo sur un itinéraire que l’on a créé soi-même, on parle d’itinérance récréative. Mais il existe aussi des itinérances religieuses (le pèlerinage), professionnelles (la transhumance), politiques (les grandes marches) ...


Le sens figuré de la notion d’itinérance renvoie à un mélange d’itinéraire et errance, et ne s’applique pas à toutes les expériences d’itinérance au sens littéral du terme. Il s’agit de partir avec une idée assez précise de l’itinéraire à réaliser, tout en se laissant une marge d’improvisation vis-à-vis de celui-ci en réponse à un imprévu ou tout simplement à une envie. Même l’imprévu, oui, et je dirais même surtout l’imprévu, est une source d’inspiration pour le changement de programme. Et même s’il y a un changement de programme, les itinérants gardent un cap, ils ne se perdent pas. Le cap peut même changer, suite au changement de programme, mais toujours cap il y a.


J’ai approché, dans une thèse de Doctorat soutenue en 2017 et mes recherches successives, l’itinérance récréative par sa démarche-projet, depuis la toute première idée du voyage qu’on a envie de réaliser, à sa préparation, réalisation, jusqu’au retour chez soi. L’intérêt d’aborder l’itinérance récréative (je dirai itinérance tout-court à partir de maintenant, mais on se comprend) par la démarche-projet c’est qu’on peut adopter le point de vue du pratiquant, et aller au-delà du sens littéral, qui est le seul que le regard extérieur peut saisir. Une fois que j’ai eu accès au point de vue du pratiquant, je ne me suis pas limitée à chercher à savoir s’il avait respecté l’itinéraire ou s’il en avait souvent changé. J’ai ainsi pu découvrir que la démarche-projet de l’itinérance, en tout cas celle qui fait la part belle à l’errance et qui ne se limite pas à se déplacer le long d’un itinéraire préfixé, a comme résultat de changer la vie des pratiquants, vers davantage d’alignement entre leurs propres besoins et leur mode de vie.


Environ la moitié des itinérants opèrent des changements « épanouissants » dans leur vie au retour. Le lien entre l’itinérance et le changement de vie opéré au retour a pu être établi car les itinérants qui opèrent ce changement sont ceux et celles qui s’adonnent à l’errance. Même si l’errance est présente tout au long de la gestion du projet d’itinérance, c’est à l’occasion du déplacement, du voyage à proprement dire, qu’elle se dévoile, qu’elle est la plus visible à l’œil nu du chercheur novice, comme je l’étais au début de mes recherches, car elle concerne surtout les changements d’itinéraire, sur lesquels il est facile de questionner les sujets étudiés. Le changement d’itinéraire est avant tout une question de changement de rythme. Qu’il s’agisse d’une modification de l’itinéraire et/ou de la durée initialement prévue pour le réaliser. Plus généralement, il y a changement de rythme et donc de programme à chaque fois que quelque chose, ou une plante, un animal, une personne, un événement, ... nous obligent à nous arrêter et à reconsidérer ce que nous sommes en train de faire, ou alors qui nous interpelle et que l’on choisit de s’arrêter pour tout simplement vivre une expérience. Certes, on peut interpréter cet élément comme un imprévu qui nous oblige à changer de programme. Pas tout le monde a envie de remettre en question son itinéraire, et on les comprend ! Ni de vivre des expériences à chaque fois qu’un élément les interpelle ! Certains essaient donc à tout prix de garder le cap initial. Mais seulement ceux qui changent leur vie au retour du voyage considèrent que l’imprévu et une envie soudaine sont des ressources et s’ouvrent aux expériences qui leur sont offertes.


Vous vous demandez sans doute comment l’improvisation peut être liée à l’alignement avec l’environnement de vie quotidien au retour, à la fin du projet. Tout cela n’est possible que grâce aux pensées qui sont élaborées à l’occasion des moments d’errance. Les itinérants qui improvisent en entrant en relation avec l’environnement lors d’imprévus ou envies personnelles se font un très beau cadeau. Celui de réactiver d’autres intelligences que la seule intelligence analytique qui est stimulée dans la vie ordinaire (scolarité, travail...), et qui consiste essentiellement à juger et à attribuer une catégorie d’appartenance (scolaire, professionnel, végétal, animal) à un élément soi-disant perturbateur ou nouveau. Reconnecté à son corps organique, l’itinérant peut expérimenter face à cet élément ce que le neuropsychologue Antonio Damasio appelle « le sentiment même de soi » . Chaque imprévu, chaque élément qui l’interpelle génèrent des sensations (et donc des émotions), qui le renvoient à d’autres moments dans lesquels il a éprouvé des sensations et émotions similaires, enclenchant la production de scénarii d’évolution future où la continuité de soi est maintenue. Une continuité dans l’évolution. En même temps qu’il cherche une réponse à la situation dans le présent de son voyage, qui lui permette de le poursuivre, l’itinérant travaille aussi, grâce à l’association entre deux dimensions temporelles, à l’évolution, dans la continuité, de son parcours de vie. Des idées sur la suite de celui-ci aussi émergent. Le chemin devient un formidable support de créativité existentielle. Mis bout à bout, ces moments d’errance et de production d’idées vont finir par créer le nouveau récit de la vie de l’itinérant, permettre d’envisager l’après, ancrer le changement, permettre de passer à l’action une fois rentré. Formidable travail d’équipe de nos intelligences sensorielle, émotionnelle, et analytique, avec l’environnement de pratique.


Qu’est-ce qui fait que certains pratiquants enclenchent ce mécanisme d’association, et opèrent un changement de vie au retour, et d’autres non ? Quelle est la différence entre eux ? D’après mes recherches, le premier type de pratiquant a eu, jusqu’au départ, un parcours de vie plus ou moins discontinu, marqué par des accidents de parcours voire des ruptures : des déménagements, des séparations, des maladies, une réorientation scolaire, des changements de métier, une période de chômage, ... C’est d’ailleurs souvent un énième « petit » accident ou une énième rupture qui déclenche le départ. Tout se passe comme si l’itinérance fabriquait un tapis volant vers une nouvelle vie avec le fil de suture d’un parcours de vie discontinu. Comme si, avant d’être un processus créatif, c’était un processus de résilience. Cyrulnik, le grand expert de la résilience, associe d'ailleurs itinérance et processus de résilience, résilience et créativité. Processus de résilience qui ne peut s’opérer complètement, selon l’auteur, que si le résilient finit par apporter sa contribution à la société en réparant la source de sa souffrance, de sa discontinuité. Comme si pour véritablement répondre à son besoin intérieur il fallait répondre à un besoin extérieur. La connexion à ses besoins profonds, plus qu’à l’itinéraire à réaliser, apparaît alors comme la clé de « réussite » de son itinérance : les imprévus et autres éléments inattendus ne feront que nourrir cette connexion, car l’itinérant leur cherche des réponses qui adaptent l’itinéraire ET respectent ses besoins profonds.


L’Art de l’Itinérance est un modèle de conduite de créative de projet qui assure une issue pourvue d’un véritable sens pour son porteur, tout en maximisant l’apport de l’environnement dans lequel il se déroule. La modélisation de l’Art de l’Itinérance est passée par plusieurs boucles itératives à travers de trois points. Le premier point est la comparaison de tous les cas étudiés d’itinérance récréative, qui a permis l’identification des douze étapes du projet, de la centralité de la réponse à l’imprévu, et de l’importance de la gestion des émotions dans cette réponse. Le deuxième point est la mise en perspective de ces éléments avec les fondements de la créativité et notamment les étapes du processus créatif, les caractéristiques cognitives et de la personnalité des individus créatifs, les intelligences multiples et les rôles de la motivation intrinsèque et extrinsèque en créativité. Le troisième point est la création d’une méthode de facilitation créative de tout projet professionnel d’innovation, et plus précisément de : un schéma global d’animation alternant phases individuelles et collectives, respectant l’esprit des séances de créativité (phases du processus créatif, alternance de divergence et convergence, incitation de la posture créative) ; plusieurs exercices de créativité proposant les enjeux de chaque étape, le travail continu sur les objectifs, la mobilisation des intelligences alternatives ; plusieurs formats d’atelier selon les destinataires (particuliers en reconversion, créateurs d’entreprise, entrepreneurs, managers, équipes, professionnels de l’accompagnement) et leurs attentes ; les éléments de langage pertinents pour la communication. En synthèse, le modèle contient et augmente le contenu du projet d’itinérance récréative par l’apport de la théorie et de la pratique de la créativité.


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